Parrainage des 24 Heures du Mans : ce qu’une marque peut acheter et ce qu’elle en retire
Certains événements sportifs offrent une visibilité. Les 24 Heures du Mans, qui font partie du Championnat du monde d’endurance (WEC), offrent quelque chose de plus rare et, pour une marque qui comprend ce qu’elle achète, de plus précieux : le temps. Pendant une journée et une nuit entières, un public réparti dans plus d’une centaine de pays suit une seule course qui se déroule, et les marques qui y sont associées bénéficient d’une durée d’exposition et d’une profondeur narrative que pratiquement aucune autre manifestation sportive mondiale ne peut offrir. Ce guide explique, du point de vue d’une marque, ce qu’implique réellement un partenariat avec Le Mans. Il présente les différentes voies d’accès à la course, leur coût probable, l’avantage particulier d’un événement de vingt-quatre heures, ainsi que le type de marques pour lesquelles Le Mans est la solution idéale, mais aussi celles pour lesquelles ce n’est pas le cas.
Pourquoi Le Mans constitue une catégorie à part dans le domaine du sponsoring automobile
La « triple couronne » et un siècle de prestige
Les 24 Heures du Mans constituent l’un des trois piliers de la légendaire « triple couronne » du sport automobile, aux côtés des 500 Miles d’Indianapolis et du Grand Prix de Monaco. Il s’agit de la plus ancienne course d’endurance encore en activité au monde, disputée pour la première fois en 1923. Cet héritage n’est pas une simple parure. C’est la raison pour laquelle un partenariat avec Le Mans confère un prestige qu’une manifestation plus récente, aussi bien financée soit-elle, ne peut pas créer. Une marque qui s’associe à cette course s’inscrit dans un siècle d’ambition technique, d’endurance humaine et d’histoire du sport automobile, et cette association revêt une importance qui trouve un écho tant auprès du public que des partenaires commerciaux.
Le public international qui suit la course
Le Mans est diffusé dans plus d’une centaine de pays, avec une couverture intégrale de la course et une diffusion en clair sur les marchés clés. Le public qui suit l’événement est international, passionné et séduit par le charme particulier des courses d’endurance : les relais nocturnes, les rebondissements mécaniques, cette épreuve de survie à l’état pur qui fait la différence entre terminer la course et la remporter. Pour une marque, cette couverture constitue la base, mais, comme nous le verrons, ce n’est pas la couverture qui fait la particularité du Mans. Il existe en effet de nombreux événements qui offrent une telle couverture. Très peu d’entre elles offrent ce que Le Mans a de plus à offrir.
Les trois voies qu’une marque peut emprunter pour faire son entrée au Mans
Les marques partent souvent du principe qu’il n’existe qu’une seule porte d’entrée au Mans. En réalité, il y en a trois, chacune ayant un interlocuteur différent, un profil de coûts distinct et une logique commerciale propre. Le choix entre ces trois options constitue la première décision stratégique, et il devrait découler de l’objectif, et non l’inverse.
Partenariat officiel avec l’événement par l’intermédiaire de l’ACO
La course est organisée et promue parl’Automobile Club de l’Ouest, qui négocie les partenariats haut de gamme occupant une place prépondérante dans l’événement. Il s’agit de marques intégrées au récit de la course elle-même plutôt que liées à une seule écurie, et la liste en témoigne : Rolex en tant que seul partenaire principal, bénéficiant d’une visibilité maximale sur la ligne droite d’arrivée, aux côtés d’un niveau « premium » qui a notamment réuni TotalEnergies, Michelin, Motul, Goodyear, DHL, CrowdStrike et Bosch. L’ACO assurant également la promotion du Championnat du monde d’endurance, les accords relatifs à l’événement et au championnat sont souvent négociés en parallèle ; ainsi, une marque qui vise un partenariat officiel aborde fréquemment Le Mans et l’ensemble de la saison du WEC dans le même cadre. Cette approche offre l’intégration la plus poussée et le prestige le plus élevé, mais à un coût plus élevé.
Parrainage d’une équipe, en catégorie Hypercar ou LMGT3
Une marque peut également s’impliquer au Mans en sponsorisant une équipe en compétition, en apposant son logo sur une Hypercar ou sur une voiture LMGT3. Les voitures sont, littéralement, les vedettes des courses d’endurance, et un logo apposé sur celles-ci reste visible pendant des heures de retransmission télévisée mondiale, d’une manière que la publicité éphémère ne peut égaler. Avec des constructeurs tels que Ferrari, Toyota, BMW, Cadillac et d’autres qui se disputent la tête du classement, et de nouvelles marques qui font leur entrée dans la catégorie reine, l’éventail des équipes et des gammes de prix est très large. Cette approche offre davantage de flexibilité qu’un partenariat officiel et un lien direct avec les performances sur circuit ; c’est le cadre naturel pour une marque qui souhaite s’associer à un concurrent plutôt qu’à l’événement dans son ensemble.
Licences et produits dérivés
La troisième voie est souvent négligée. Grâce à un accord de licence mondial, l’ACO a étendu la marque « Le Mans » à un univers lifestyle couvrant la mode, les objets de collection et les accessoires, ce qui signifie qu’une marque peut s’associer à la course par le biais de produits sous licence plutôt que par le biais d’un parrainage classique. Pour une marque grand public proposant une gamme de produits adaptée, cela peut constituer une voie moins coûteuse et offrant un impact à plus long terme pour s’associer au nom du Mans, en complément ou en remplacement d’un accord de visibilité.
Combien coûte réellement chaque voie ?
Les chiffres précis concernant les partenariats au Mans sont gardés précieusement secrets, et toute marque devrait considérer les chiffres publiés avec scepticisme, y compris les nôtres. Ce qui suit constitue un cadre permettant de raisonner par fourchettes plutôt qu’une liste de prix, et la seule manière fiable d’établir un chiffre réel est d’entamer une discussion avec le partenaire concerné.
Niveaux de partenariat de l’événement
Le partenariat officiel avec cet événement se situe dans le segment le plus haut de gamme en termes de coût, ce qui reflète l’intégration et le prestige qu’il offre, sans compter qu’il est souvent associé à une saison complète du WEC. Il s’agit, en règle générale, d’engagements pluriannuels dont le montant de départ est d’environ un million d’euros pour des espaces de grande visibilité, adaptés aux marques disposant de budgets importants et d’une vision à long terme. Le statut de partenaire principal, tel que celui détenu par Rolex, constitue une catégorie à part et est rarement accessible.
Catégories de sponsoring des équipes
Le parrainage d’une écurie couvre une fourchette bien plus large, allant de positions modestes sur une voiture GT à partir de 50 000 €, jusqu’à des partenariats importants avec un programme Hypercar de haut niveau, à partir de 1 million d’euros. C’est précisément cette fourchette de prix qui rend la formule « équipe » particulièrement adaptée aux marques qui ne peuvent pas justifier un partenariat avec l’événement, mais qui souhaitent néanmoins assurer une présence authentique et visible lors de la course. Le coût dépend de la catégorie, de la compétitivité de l’équipe et de la notoriété de la marque, et un consultant expérimenté saura adapter le budget à la position offrant le meilleur rapport qualité-prix.
L’avantage des vingt-quatre heures qu’aucune autre course n’offre
Le temps, atout de l’hospitalité
Un Grand Prix dure environ deux heures. Le Mans s’étend sur une journée et une nuit entières, et cette durée transforme l’offre d’accueil. Une marque qui accueille ses clients au Mans ne propose pas un bref moment de divertissement, mais une expérience prolongée et partagée qui se déroule entre les repas, tout au long de la soirée, aux petites heures du matin et jusqu’au petit matin. Des relations qui, dans un contexte professionnel classique, prendraient des mois à se nouer se développent en une seule nuit sur le Circuit de la Sarthe. Pour une marque dont la valeur commerciale repose sur des relations profondes avec ses clients, c’est là la raison la plus déterminante de choisir Le Mans plutôt qu’un événement plus court.
Une plateforme de contenu qui fonctionne pendant un an
L’ampleur et l’imprévisibilité d’une course de vingt-quatre heures donnent lieu à des récits authentiques dont une marque peut tirer parti bien au-delà du drapeau à damier : innovation, résilience, précision, le suspense de la nuit. Grâce à la retransmission en direct, aux contenus sur les réseaux sociaux et à l’engagement de l’équipe, un sponsor peut véhiculer un message à plusieurs niveaux qui évolue au rythme de la course elle-même, puis en tirer des contenus tout au long de l’année. Peu de formats offrent autant de matière première, et les marques qui planifient cela à l’avance capturent une valeur que les sponsors opportunistes laissent passer.
À qui Le Mans convient-il, et qui devrait chercher ailleurs ?
Les profils de marque les plus adaptés
Le Mans met à l’honneur les marques dont l’histoire s’inscrit dans la lignée de l’endurance, de l’ingénierie et du patrimoine, et dont le modèle commercial tire parti d’une hospitalité authentique, fondée sur les relations humaines. Les marques haut de gamme et de luxe, les entreprises d’ingénierie et industrielles, ainsi que celles qui commercialisent des produits soignés et de grande valeur auprès d’un public exigeant, ont tendance à y trouver le partenariat le plus solide. Le prestige de la course renforce un positionnement haut de gamme d’une manière qui convient particulièrement à ces catégories.
Lorsque l’ensemble du WEC ou un autre championnat convient mieux
Le Mans est un événement ponctuel, aussi grandiose soit-il, et une marque qui recherche une visibilité continue et saisonnière sur plusieurs marchés pourrait trouver davantage son compte dans un programme complet au sein du Championnat du monde d’endurance, dont Le Mans est le point d’orgue, ou dans un championnat tout à fait différent. Une marque qui cible un public jeune, urbain et soucieux du développement durable trouvera en Formule E un partenariat plus adapté ; celle qui privilégie le marché américain s’en sortira peut-être mieux en NASCAR ou en IndyCar. La bonne réponse dépend de l’objectif, et le consultant honnête est celui qui dira à une marque quand Le Mans n’est pas la solution.
Comment s’assurer d’être bien placé au Mans
Avec trois canaux, de multiples interlocuteurs et une absence quasi totale de tarifs publics, Le Mans est un domaine dans lequel il est difficile pour une marque de s’y retrouver seule. Une agence de sponsoring indépendante spécialisée dans le sport automobile travaillant aux côtés de la marque peut identifier la voie la plus adaptée à l’objectif visé, s’adresser au bon interlocuteur et négocier une position en s’appuyant sur une connaissance du marché comparable, plutôt que sur la seule parole d’un vendeur isolé. Il est utile de comprendre comment cette représentation est structurée : dans notre modèle, les honoraires de conseil pour la mise en place de l’accord sont pris en charge par l’événement ou l’écurie, et non par la marque ; ainsi, une marque peut être représentée pour s’implanter au Mans sans avoir à payer ces honoraires ; la mise en œuvre, lorsque la marque y opte, est facturée séparément. C’est cette structure qui permet de fournir des conseils sur la voie à suivre sans avoir d’intérêt particulier dans la réponse. Pour une course qui vend du temps, il est judicieux d’en consacrer un peu pour réussir son entrée.